Spéléo Club de Saint Herblain

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Première au Bois de Cerf

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Entrée méandre Bois de CerfLe dernier acte de l’exploration 2018 en ce début novembre dans les Arbailles s’ouvre sur un ciel chargé, une boite de cassoulet et un gâteau aux noix, spécialité rapporté par Anne.

Malgré la forte humidité ambiante du matin, les préparatifs vont bon train pour cette première journée. Une équipe part affronter la grisaille dans les canyons de St-Engrace et deux équipes spéléo sont formées. Thibaut T., Anne et Matthieu descendront le P75 au « fond » du gouffre du Bidon inauguré cet été. Pascal et Thibault C. iront dans le gouffre du Bois de Cerf à l’extrémité du « Méandre Pierre » à -20m pour faire sauter le bouchon qui bloque l’entrée du puits entrevu cet été.

Dans le Bois de Cerf, quelques cailloux plus bas (beaucoup plus bas !) plus tard, nous pouvons enfin planter les deux premiers spits de la main courante. Fébriles et optimistes, nous sortons la C80. L’accès à la tête de puits est un rien étroit, mais on verra plus tard. Voici venue l’heure de la première !

Pascal s’engage dans le « puits des Absents » et s’extasie devant les formes de creusement d’un large puits-méandre qui descend par paliers. Deux devs et un fractionnement en Y plus tard, il peut s’écarter de la verticale et poser pieds à terre dans un renfoncement où Thibault pourra le rejoindre en effectuant une petite désescalade. Au niveau de la première dev, un puits parallèle est accessible par une lucarne. Il semble mener au renfoncement où nous sommes.

A ce niveau, plusieurs choix s’offrent à nous : une grande lucarne de quelques mètres de hauteur s’ouvre sur notre gauche et à droite, une galerie fossile, fenêtre sur une multitude de concrétions semble très prometteuse mais nécessitera un peu d’équipement. Enfin, le chemin que nous choisirons évidemment en premier, le plus direct : vers le bas. Environ 10m plus loin, Pascal m’invite à le rejoindre sur un palier d’environ 3 m de large. Deux ouvertures ovales d’environ 60 par 40 cm s’ouvrent dans le plancher vers un nouveau puits joliment baptisé plus tard par Anne « le puits des Deux Yeux ».

Nous passerons de longues minutes à nous demander quelle ouverture semble la plus directe pour rejoindre la suite du puits, quelle profondeur il reste et surtout : est-ce bien de l’eau que nous distinguons au fond ! Ce sera pour demain. Décidément ce trou promet !

Puits des Deux YeuxLe deuxième jour n’offrira pas de grande première. Il s’agira dans un premier temps d’élargir la tête de puits en sortie du méandre Pierre, de purger au maximum les paliers encombrés de cailloutis  dans le puits des Absents et enfin d’élargir un des deux « yeux » afin d’équiper la suite. Ce sera l’œil droit qui verra sa pupille dilatée. Même s’il semble moins direct que l’œil gauche, il est un peu moins arrosé ce qui n’empêche pas Pascal de se faire tremper le temps de la désob.

Après que le tonnerre a grondé, toute la fine équipe ressort pour déjeuner et chercher des batteries neuves à l’extérieur. A ce moment là, Corinne et Thibault qui étaient allés faire un tour dans le trou du Bidon nous rejoignent. Et là, horreur et damnation ! Le bidon contenant le saucisson et la boite de pâté et qui était sensé avoir passé la nuit ici aurait été ramené au cayolar par un porteur un peu trop zélé. A l’heure où nous écrions ces lignes, celui-ci ne s’est toujours pas dénoncé…  
Comme nous n’avons toujours pas vu de ciel bleu depuis notre arrivée, l’ambiance est de plus en plus humide. Le manque de protéines et le froid auront raison de l’équipe assez rapidement et le chantier sera clos pour la journée.

Samedi sera donc le grand jour ! Nous sommes six dans le Bois de Cerf. Thibaut, Corinne, Pascal, Anne, Matthieu et Thibault. Chacun s’occupe comme il peut pendant que Pascal finit l’équipement de l’œil dilaté. A partir de la deuxième dev, juste avant le frac en Y, Thibaut équipe une vire aérienne en opposition afin de traverser la grande lucarne. Thibault essaye de réchauffer les troupes avec un petit air d’harmonica.

L’équipement du dernier puits terminé, tout le monde descend en bas pour la photo sauf Thibaut qui continue à travailler sur sa lucarne.

L'équipe du fondA environ - 70 m la base du puits des Deux Yeux de 2m par 6m recoupe un actif temporaire. On y voit une ancienne coupole perchée constellée de taches de léopard, témoins d’une ancienne mise en charge. Le méandre, agrandi par la salle montre ses parties amont et avale. C’est ce deuxième passage qui attire notre attention, d’environ 1m50 de haut, la partie haute fossile est légèrement plus large que la partie active où serpente un petit filet d’eau. Thibault joue les limandes et arrive à s’engager sur environ 6m avant d’être bloqué par sa cage thoracique pourtant pas bien large. Le méandre semble s’élargir légèrement quelques mètres plus loin. Dans tous les cas, l’eau et le courant d’air nous indiquent clairement que la suite est par là, mais du travail sera nécessaire.

Nous ressortons manger un morceau et planifier la suite de l’après-midi. Corinne et Pascal s’attaqueront à la Topo pendant que Thibault ira rejoindre Thibaut explorer le puits qui s’ouvre au delà de la lucarne. Lorsque la topographie du puits d’entrée et du méandre Pierre est réalisée, Pascal rentre rejoindre les canyoneurs laissant ainsi les « jeunes » s’amuser !
Ce puits qui sera baptisé « Puits des deux T » mesure environ 15m de profondeur. A la suite d’une dev et d’un fractionnement, il se rétrécit  et apparaît comme borgne. Néanmoins nous tenons à toucher le fond. La corde avait été calculée au poil de postérieur près ! Le fond est formé de trois marmites, chacune de profondeur différente. On dirait que de l’eau a stagné ici pendant longtemps. De la deuxième, un léger courant d’air semble sortir d’une petite étroiture. Le puits n’est donc pas borgne !

Malgré l’heure avancée, Thibault insiste pour aller voir l’amont fossile qui semblait bien prometteur. Il n’a pas de grosses difficultés à motiver la troupe. Une fois une petite escalade effectuée et une belle étoile de mer réalisée sur la banquette concrétionnée à l’entrée de la galerie fossile, Thibault peut enfin observer ce qu’il en est : en hauteur, une fenêtre carrée d’un petit mètre de diagonale d’où provient un air bien frais se présente à ses yeux fébriles. De l’autre coté, un joli spécimen de chiroptère, baptisé Pétunia par Corinne, lui souhaite la bienvenue. Le ciel est haut : au moins 8m. Les concrétions sont légions, toute une panoplie : des draperies, des stalagmites…

Base du Puits des Deux YeuxLes parois sont parsemées de coups de gouges. Sur la droite un trou béant s’ouvre à hauteur de ceinture. De l’autre coté une salle circulaire, toujours aussi haute s’offre à nous. La quantité de concrétions est encore plus impressionnante. Sur la gauche, en se tordant la nuque, nous découvrons un spectacle unique. Cela ressemble à une méduse, proche du plafond, d’un bon mètre de diamètre. Au centre, une colonne en descend, le diamètre rétrécissant au fur et à mesure sur au moins 6m. L’ensemble donne l’impression d’un arbre géant.
Au sol un chaos de concrétions tombées du plafond nous empêche de voir le plancher. Il semble pourtant bien qu’au fond, face à nous, une ouverture noire nous en promet encore plus. La fatigue commence à poindre. Il serait dangereux de pénétrer plus avant sans sécuriser le lieu.

Nous décidons d’en rester là pour aujourd’hui et d’en laisser un peu pour les autres. Nous avons déjà eu largement de quoi nous sustenter !
Photos : Pascal

Coupole de corrosion