Spéléo Club de Saint Herblain

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Accueil Massif des Arbailles Exploration mars 2014

Exploration mars 2014

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Dans le NA352Débarqué au cayolar après une petite semaine passée à Ste-Engrâce, je profite de cette journée de printemps pour effectuer une longue prospection de six heures sur le massif en direction des roches d’Exaltia. Les étapes de ce circuit « trouristique » passent par le GA1, le GA306, le GA451 (La Taupe) : rêveries d’un promeneur solitaire qui espère trouver de nouvelles entrées et transporte corde et matériel dans son sac à dos, mais rien de neuf sous le soleil.

Mes collègues arrivent le lendemain en début d’après-midi, chargés des provisions pour plusieurs jours. En réalité la cabane regorge de victuailles, si bien qu’on pourrait tenir facilement dix jours à plusieurs sans redouter la disette. Pendant le repas, on se concerte et on décide de commencer la semaine par l’équipement des trous pointés l’automne dernier, et de poursuivre la prospection sur la partie Est de la zone NA où peu de cavités ont été trouvées au regard de sa superficie. Du moins c’est ce qu’on pense.

Mise en jambes
Armés du GPS, on retrouve une première cavité. L’entrée est à ras du sol dans les feuilles et plonge sous un petit escarpement rocheux. Pas vraiment large. Une fois équipé et après un peu de terre et quelques cailloux enlevés, Pierre s’infiltre dans un passage déclive et descend un ressaut de deux mètres. On suit le courageux explorateur. Le fond est colmaté par du cailloutis. On repère deux suites possibles, une au fond de l’éboulis, l’autre dans un passage étroit horizontal. Les deux semblent donner dans le même puits étroit où les cailloux qu’on balance descendent sur plusieurs mètres. C’est sûr ça continue… mais pas pour nous. Pas de suite sans désob. On note quand même un léger courant d’air. De -7m à 0m la sortie est rapide. Il faut plus de temps pour enlever la corde.

Les trois orifices
Les deux orificesDix minutes plus tard on est devant la seconde cavité qui présente trois orifices alignés sur une diaclase. Par le passage le plus large on aperçoit un large puits d’une dizaine de mètres. Les arbres ne manquent pas pour fixer la corde. Pierre prend le temps d’installer une tête de puits sérieuse, on n’est pas pressé, le soleil est de la partie, Pascal grave les souvenirs sur sa carte mémoire. Ce n'est pas de la première car dans tout ce secteur la SSPB a laissé ses initiales en rouge sur les rochers mais ça doit dater d’assez longtemps car elles sont en partie effacées. Nous descendons dans un beau volume. La base du puits mesure quatre mètres par deux, le fond est bouché, naturellement. On voit la lumière de l’après-midi filtrer par deux des trois entrées. Contemplation…

Le Tournesol
En progressant en zig-zag dans une zone chaotique percée de plusieurs gros effondrements, on découvre simultanément deux entrées distantes d’une vingtaine de mètres. Je tente la descente par la première entrée : une longue pente se terminant sur des blocs instables ne permet pas de passer en sécurité. Pascal équipe l’autre puits et après deux spits plantés, accède vingt mètres plus bas à une belle salle en voûte de quinze mètres sur dix. Les deux puits mènent dans la salle, c’est une belle surprise. On est tout content et on s'extasie comme si c'était notre première découverte. Un rien nous suffit ! On déambule sur le fond constitué de petits blocs. L’aspect de la cavité nous rappelle fortement le gouffre des Trois Cloches situé dans la partie haute du massif. Un boyau latéral remontant queute au bout de cinq mètres. Visiblement de précédents explorateurs y ont tenté une désob. La discussion entre Dupont1 (Pascal) et Dupont2 (Pierre) sur la hauteur de la salle ( 10 m ou 15 m ?) me conduit à baptiser la cavité : le gouffre Tournesol. Un gros travail de désobstruction serait nécessaire pour trouver une suite comme aux Trois Cloches.

Le P100 ?
Entrée du CrapoteurLe NA1 et le NA352 sont deux gouffres proches répertoriés dans la zone NA. Le premier, baptisé aussi gouffre Charlotte, on le connaît bien puisqu’on l’a exploré jusqu’à –170 il y a presque vingt ans. Le deuxième est sorti des archives depuis peu de temps, sans topographie, et sans autre information que les coordonnées de l'entrée. Et depuis qu’on traîne nos bottes dans ce secteur, on nous parle aussi du P100. Ce deuxième gouffre serait-il un puits de 100 m ?
Le lendemain, notre vieux GPS qui a du mal à se caler nous fait errer entre une série d’effondrements spectaculaires entre lesquels on finit par retrouver le NA352. L’entrée de deux mètres par six est large et béante.
Pierre s’attelle à l’équipement. Un ou deux vieux spits sont présents sous la tête de puits. Un premier jet permet d’atteindre un palier vers -15 m. Une pente terreuse à 45° conduit à un puits de quelques mètres. La cavité devient de plus en plus boueuse : au fur et à mesure de la descente, la terre alimentée par une arrivée d'eau en haut du deuxième puits se gorge d’eau et finit par se liquéfier… Les petits puits s’enchaînent jusqu’au dernier, bouché par un éboulis.
Les sens en alerte, Pierre et Pascal font fumer la cigarette électronique et le papier d’Arménie pour pister le courant d’air présent dans l’avant dernier puits. Il semble s’échapper par une fissure perchée à plusieurs mètres de hauteur, qui parait impénétrable vue du bas, mais que l’on pourra peut-être atteindre par une escalade.
Pierre a épuisé les accus du perfo pour nous faire un équipement « aux petits oignons » au regard des règles académiques mais non « hors boue » ; du fond nous entendons de temps en temps des « splatchs » sans équivoques dans les puits.
Je fais l’escalade l’après-midi, assuré par David, mais les parois se rapprochent, et je finis presque coincé dans ma fissure avant d’installer la corde statique. Pendant ce temps Pascal et Pierre lèvent la topo : assurément, les 100 m n’y sont pas !

Le soir au cayolar, lors de la séance de report, les paris sont ouverts, celui qui se rapprochera le plus de la vérité aura le droit à…une bière : 40, 50, 55 mètres ? Avec une estimation à 52 m pour un calcul de 51,78 m, je remporte brillamment le concours et déguste mon lot : un jeu à qui perd gagne car tout le monde me suit.
Mais revenons à notre trou, si l’on se réfère au gouffre des Gégènes (-220) où l’on avait complètement perdu le courant d’air, le P100 (qui n’en est pas un) renommé le Crapoteur, reste un gouffre prometteur qu’il faudrait reprendre…

Le gouffre des Sangliers
Les jours suivants sont principalement consacrés à la poursuite de la désobstruction d’un autre gouffre prometteur : le GA56. Au bout du laminoir, le petit puits de six mètres est ré-équipé par Pierre avec du matériel inox. Les équipes de deux ou trois se succèdent pendant trois jours. Une organisation routinière s’installe, le travail est facilité par un courant d’air aspirant qui permet d’enchaîner les séances.
Le samedi, Matthieu, Fabrice et David font environ quinze mètres de première : petit puits, le méandre qui continue à descendre, s’élargit et se pince !

Photos : ici

Crapoteur