Le camp d’exploration de fin d’année 2025 dans les Arbailles aura réuni quatre personnes seulement. Un petit groupe, mais une grosse semaine.
Olivier prend ses quartiers dans le cayolar le 21 décembre. Le temps est froid, gris, la neige a été remplacée par la pluie. Ce n’est pas folichon pour un ermitage en solitaire. Un premier objectif est d’ouvrir un raccourci dans le SO 104 pour shunter une boucle du méandre, c’est-à-dire l’escalade en tête de diaclase, le P6 et la vire. Le chantier se révèle plus coriace que prévu et il faut donc redescendre le lendemain. Mais du matériel oublié au cayolar écourte cette deuxième sortie. Certains jours, il vaudrait mieux rester au chaud !
Noël se passe.
Thomas accompagné de Laura arrive le 27. Lui qui avait la main dans le plâtre l’été dernier est impatient de poursuivre l’exploration au fond du gouffre du Bois de Cerf. Tous deux s’acharnent donc le lendemain sur l’élargissement du méandre terminal à -300, porté comme le souligne Thomas au gabarit nantais (pour les plus épais). Ils débouchent sur un élargissement en partie haute du méandre : une petite salle où les blocs forment bientôt un improbable pont rocheux. Retour tardif au cayolar. Pascal et Olivier arrivés dans l’après-midi ne les ont pas attendu et sont déjà emmitouflés dans leurs sacs de couchage.
Lundi 29, Pascal et Thomas repartent dans le Bois de Cerf. Pascal rééquipe la partie inférieure du puits Imagine avant de rejoindre Thomas dans le Méandre pour poursuivre l’élargissement. De son côté, Olivier s’acharne sur le shunt du SO 104, mais une mauvaise estimation de la charge des accus ne permet pas de finaliser le nouvel itinéraire. Il restera à planter un goujon et à dégager une banquette basse qui gêne la descente.
Mardi, tout le monde descend dans le Bois de Cerf. Olivier reprend le chantier du shunt de la galerie du Toboggan, laissé en plan en novembre. La roche, très hétérogène, complique sérieusement l’élargissement et le shunt n’est toujours pas en place en fin de journée. Pendant ce temps, Laura et Pascal lèvent la topographie depuis le fond du P7 jusqu’à la salle des Blocs Suspendus, environ 65 m de topo zigzagante. Thomas, au fond, poursuit le calibrage à la nantaise : trois forêts y laisseront leur peau. Il force le passage d’un méandre très étroit sur une quinzaine de mètres, digne du sélectif « Popoc » de la Taupe à ses débuts, et identifie un P15 dont l’accès reste étroit.
Mercredi 31, au cayolar, Pascal, blessé en profite pour finaliser la topo levée la veille et Olivier repose ses vieux os. Infatigables, Laura et Thomas repartent au fond du Bois de Cerf et élargissent les étroitures les plus pénalisantes avant le P15. Ils rentrent assez tôt, avec des nouvelles enthousiasmantes : le P15 est descendu. Suit une petite verticale, sa base est large, puis une ouverture inespérée apparaît quelques mètres plus haut. Elle débouche sur une salle d’environ 20 × 20 m, suivie d’une galerie fossile. Ils s’arrêtent là, volontairement, pour que l’on puisse profiter tous ensemble de la première. « On est enfin tombé sur du gros ! »
Au cayolar les hypothèses fusent : fera-t-on demain la jonction avec la galerie du Surf du Bidon ? Allons-nous découvrir un étage fossile ? Allons-nous jonctionner avec le haut du P50 du Bidon ?
Réveillon jusqu’à 23h, trop crevés : purée, dodo, et rêves de première.
Jeudi 1er janvier 2026. Quelles étrennes !
Tout le monde est sur le pont pour arpenter les nouvelles galeries. Thomas part devant pour nous gratifier de quelques élargissements supplémentaires. Il nous assistera lors de la progression des 15 derniers mètres très étroits du méandre Laura. De fait, on arrive tous à passer pour atteindre la tête de puits. Plus loin, une ouverture qui surplombe le méandre, et derrière : un grand noir. Une courte verticale sur corde mène à la salle d’effondrement fossile où le sol, fragile, croustille sous les pas. Sable gypseux, chaos : la progression se fait avec prudence.
Une galerie confortable prolonge l’axe principal. De grands pendants de roche et un plafond orné de belles coupelles de dissolution démontrent un creusement initial de la galerie en régime noyé. Nous trouvons déposés au sol des éléments de calcite translucides, pains de sucre sculptés par les éléments, que nous mettons de côté car malheureusement sur le passage. Plus avant, sur la gauche, un petit actif surgit d’un boyau impénétrable. Pourrait-il être le prolongement de la cascade des Malvoyants laissé plus haut ? Thomas fait remarquer un minuscule bout de combin rouge et un morceau de plastique dans la petite vasque de sortie. « Nous avons fait un traçage à la combin ».
Les parois sont joliment décorées de crosses et fleurs de gypse. Après environ une cinquantaine de mètres des blocs amoncelés et concrétionnés barrent la galerie, mais une montée facile en opposition donne sur une fenêtre salvatrice : derrière, c’est encore plus grand. Les enchaînements deviennent chaotiques, nous laissons insondée une partie latérale pour poursuivre sur l’axe le plus évident.
Des passages plus sportifs en reptation en partie haute sous des plafonds ornés ou en partie basse dans un méandre étroit et abrasif aboutissent à un semblant de terminus. Nous débouchons sur une galerie somptueusement concrétionnée, peu habituelle pour les Arbailles. Un peu plus loin, le plancher de la galerie s’est effondré laissant apparaitre un trou béant. En avançant au plus près, nous apercevons sur la gauche dix ou quinze mètres plus bas un actif qui sort d’une belle et large galerie et dévale une coulée pour former un bassin d’eau limpide. Nous sommes fascinés par cette découverte, l’envie d’y descendre est prégnant mais impossible d’aller plus loin sans corde. Il est tard et c’est à regret que nous décidons de faire demi-tour.
Le soir, dans notre univers, autour de la table en formica, près du poêle ronflant et des topos punaisées au mur, les débats s’éternisent. À 700 m d’altitude, 40 m au-dessus de la partie terminale de galerie du Surf, nous avons progressé de 150, 200 mètres… ou peut-être plus ? La galerie fossile qui s’oriente initialement vers le NE, prend la direction du Nord puis tourne vers le NW, du moins la branche que nous avons suivie. Avons-nous franchi la ligne du Bidon ? Vers où allons-nous ? Une topo s’impose pour y voir plus clair.
Nous pensons à tous ceux qui, depuis huit ans, ont participé à cette progression et ses désobstructions ingrates en méandre et n’ont pas pu être là pour cette première. Ce n’est pas un aboutissement, mais une étape dans une aventure collective. Il y a encore beaucoup à découvrir dont la jonction espérée avec le réseau du Bidon qui viendra certainement au vu de la direction de la galerie découverte. Inutile de courir partout, nous nous promettons pour les prochains camps de nous discipliner pour d’abord protéger les parties fragiles, baliser le cheminement, fouiller minutieusement les passages et diverticules et effectuer une topographie avant d’aller plus avant. Et il faudra encore des bras pour aider à dégager les blocs du dernier méandre qui doit être élargi pour un accès plus humain. Bref, il y a de quoi faire.
Le camp est levé le 3 janvier, après une dernière journée consacrée… à scier du bois de chauffage pour la prochaine session.






