Vitarelles et Goudou… de la rivière aux galeries fossiles.
La rivière des Vitarelles est un des très beaux spots du Lot souterrain. Il faut néanmoins obtenir les autorisations fédérales pour pouvoir la visiter. Celle-ci fait beaucoup parler d’elle en novembre 1999 dans le cadre d’un secours spéléo très médiatisé. Pour rappel, une crue centenaire avait bloqué sept spéléos partis en exploration depuis deux jours. A cette date, le niveau de l’eau interdit tout accès à la cavité et plusieurs forages sont réalisés en surface à la verticale de puits remontants pour tenter de les sauver. L’un d’eux finit par déboucher au bout de 28 m sur une galerie fossile qui permet par la suite d’accéder au plafond de la salle de la « Clé de Voûte » qui surplombe la rivière. Les spéléos ressortent en bonne santé, après sept jours d’attente, les pieds dans l’eau.
Pas de crue en vue, cette fois-ci, le régime est presque à l’étiage mais le CDS46* nous a alerté d’un fort taux de gaz carbonique constaté cet été. Nous saurons plus tard que cet accroissement est lié au fait que le propriétaire du terrain de l’entrée naturelle, a changé la porte du tunnel d’accès avec un panneau plein gênant la ventilation du réseau (ce panneau doit-être modifié). Après avoir récupéré les clés, nous ouvrons la lourde trappe du « puits de Bret », seul accès autorisé pour les spéléos et maintenant propriété du CDS46. Ce forage du secours, à l’origine très étroit, a depuis été confortablement élargi. Le réseau fossile qui suit est très glaiseux.
L’équipement est rapide. On suit les câbles électriques reliés en surface à des panneaux photovoltaïques jusqu’à la rivière, ils nous servent de fils d’Ariane. Descente ensuite par le vaste puits de la « Clé de Voûte » pour finir sur une corde en place sur un plan incliné, toujours très gras. Enfin, nous prenons pied dans la rivière et choisissons de partir vers l’aval. Le paysage change alors radicalement, nous déambulons dans un grand canyon assez haut. La rivière y coule paisiblement en pente douce tantôt entre un défilé de roche très découpée, tantôt dans de plus larges galeries bordées de sable. L’ensemble est par endroit magnifiquement concrétionné.
Cette course est un réel plaisir. Nous avons opté pour une progression sans néoprène mais chemin faisant, les bassins de plus en plus profonds nécessitent une marche dans l’eau jusqu’au nombril. Des vires en place, équipées en 6mm, assez hautes pour éviter de se mouiller sont possiblement utilisables mais les cordelettes sont parfois si abimées que nous hésitons à les emprunter. Nous ferons demi-tour au bout d’un kilomètre arrêtés par une vasque plus profonde que les autres. TPST* : 6H.
Retour au mobile-home avec un autre bain cette fois-ci dans la piscine du camping par une fin de journée très ensoleillée.
Dimanche matin, départ pour la visite de la très grande Igue de Goudou.
L’histoire de son exploration est singulière. En 1892 le célèbre E.A. Martel et son équipe descendent le puits d’entrée de 42 m et l’éboulis qui suit et découvrent la grande galerie qui porte maintenant son nom. Un an plus tard Pons un de ses coéquipiers retourne à l’entrée et constate que le puits a été entièrement bouché par des gravats déversés par le propriétaire des lieux. Heureusement en 1894 Martel publie « Les Abimes » dans lequel une topographie de la cavité et un descriptif sont présents. En 1926 une équipe encadrée par Lacan entreprend de déblayer le puits en sortant les gravois mais abandonne à -13m. En 1959 le Groupe Spéléo du Quercy descend le puits jusqu’à -20m, les gravats s’étant tassés au fil des ans. Plutôt que de sortir les déblais, ils choisissent de les laisser en place contre les parois en installant des boisages et parviennent à la base étroite et ventilée du puits à -40m. Mais la poursuite est jugée trop dangereuse à cause des éboulements et les boisages sont détruits bouchant une nouvelle fois le puits. En 1964 Géo Marchand reprend la même technique. A la vingt-neuvième expédition le bas du puits est de nouveau atteint et les gros blocs qui ferment le passage détruits à la barre à mine. Tous les éléments entassés contre les parois du puits sont patiemment évacués vers le bas. L’exploration se poursuivra ensuite avec l’Equipe Spéléologique de Labastide Murat puis avec Terre et Eau qui détient encore les autorisations de visite.
Dans les souvenirs de ceux qui y sont déjà descendus, la visite de Goudou est une sortie longue et physique, peu adaptée à une exploration du dimanche avec cinq heures de route à suivre. Mais rien ne nous effraie, on s’engouffre donc rapidement dans le P40 d’entrée. Une petite incursion rituelle dans la grande galerie Martel et nous enquillons la « Galerie Sauvage » qui mène à la rivière. Mais surprise, beaucoup d’obstacles et de difficultés sont désormais équipés en fixe avec des cordes. Cela facilite grandement la progression et nous amène rapidement à l’Embarcadère. Nous ignorons la descente dans l’actif et remontons par la galerie supérieure dont les souvenirs d’opposition vingt mètres au-dessus de la rivière restent présents. La encore, les portions les plus engagées sont sécurisées. Si cela reste physique, nous progressons rapidement, franchissons les « Siphons de Sable », hésitons devant un plan glissant assez incliné qui précède la « Fosse aux Ours », puis la progression dans la confortable « Galerie des Tuiles » est rapide. Nous aurions pu continuer encore très longtemps mais il fallait penser à faire demi-tour. Nous aurons été finalement relativement loin, même si, lorsque l’on regarde la topographie, nous n’avons visité qu’une petite partie de la cavité. Nous y reviendrons, c’est certain. TPST 5H
*CDS46 : comité départemental spéléo du Lot
*TPST : temps passé sous terre
Biblio : Igue de Goudou 100 ans d’exploration






