Spéléo Club de Saint Herblain

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Accueil Massif des Arbailles - 300m atteint dans le gouffre des Gégènes

- 300m atteint dans le gouffre des Gégènes

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Puits des AssiettesLe point au petit déjeuner révèle notre problème d’organisation de ce début de camp : nous n’avons pas le moindre grand forêt pour aller poursuivre la désobstruction au fond du gouffre des Gégènes. La mallette du perforateur qui en est plein est restée chez Jean-Louis qui n’arrive que demain. L’abattement ne faisant pas partie de notre mode de pensée, David et Simon filent sur Saint-Jean-Pied-de-Port pour trouver le matériel qui manque. Une heure et demie plus tard la situation n’est guère meilleure, le seul forêt disponible ne s’adapte pas sur la tête de notre perfo. Il nous faudra utiliser un mandrin autoserrant.

Nous décidons quand même d’aller tenter le diable à –220m en emportant de quoi changer la corde du puits de l’Arche, afin de ne pas perdre notre journée.

Descente pépère, on joue à Tarzan en passant les nombreux pendules que comprend l’équipement du gouffre. Les cordes sont toujours aussi glaiseuses, on s’habitue.
Arrivés au fond nous filons voir ce qu’il reste à élargir pour « passer ». On n'est pas loin du puits, un trou noir absorbe le faisceau de mon éclairage pourtant au maximum et ne renvoie que du …. Noir ! Et toujours cet écho obsédant.

Une fois le matos en place, je m’attaque au perçage, le mandrin ne cesse de se desserrer. Je réussi à faire un trou de deux centimètres de profondeur puis la bague de serrage du mandrin me reste dans la main. La poisse.
J’explique à mes camarades la tragédie de la situation : pas de perçage, pas de désob, pas de désob, pas de première. Certains se frotteraient les mains en se disant que pour une fois on ne va pas remuer du caillou, là ça nous stresse. Olivier qui n’y croit pas essaie de faire des trous à l’entrée du méandre. Après quelques ridicules éraflures sur le rocher, l’évidence s’impose : c’est l’heure de remonter.

Le lendemain, Thomas arrivé dans la nuit a eu la bonne idée d’apporter son perfo et ses forêts : on l’adopte immédiatement – lui et son perfo. Il prend les choses en main pour une nouvelle désob-party.
Pendant ce temps, une autre équipe s’achemine vers la Taupe. Nous avons décidé d’y refaire la topographie au DistoX à partir de l’entrée, du moins dans ses axes principaux pour améliorer la précision des premières mesures qui datent de bientôt vingt ans. Avec Fabrice, mon compagnon de topo habituel, nous sommes d’une efficacité redoutable. Fabrice sait où placer les stations pour faciliter les visées, sait anticiper les visées suivantes, connaît mes habitudes, pas de perte de temps. Nous avançons rapidement, galeries, ressauts, puits, méandre : 40 stations, 280 visées d’habillage en moins de trois heures.
Arrêt en haut du P80 de la Vie de Château.

Retour au bercail pour l’apéro et pour le report des visées. La différence de position du dernier point par rapport à la précédente topo faite avec une boussole et un clinomètre est de trois mètres en plan et de moins de cinquante centimètres en altitude. Ce qui est peu, mais sachant que nous n’avons repris d’un dixième de la topo jusqu’au bivouac, le différentiel pourrait atteindre une trentaine de mètres voir plus.

Entrée du méandre à -220Au cayolar, l’équipe de topo attend avec impatience le retour des héros du GA477. La désob-team refait surface vers 19h. S’en suivent les questions-réponses que seuls les spécialistes peuvent appréhender :

Nous : « Alors ça passe ou pas ? »
Thomas : « Non mais c’est pour demain. »
Nous : « Il reste beaucoup à enlever ? »
Thomas : « Je redescends demain faire péter sur un mètre et à midi vous pouvez équiper. »
Nous : « Mais c’est grand ? Vous avez vu le puits ? »
La désob-team : « Ouais, c’est tellement grand qu’on a du mal à voir la paroi d’en face. »

Je passe la suite des questions sur le courant d’air, la présence d’eau, la forme du méandre, du puits, le nombre de trous... Les bières défilent, forcément ça énerve de savoir que demain on va pouvoir équiper un puits estimé entre 70 et 100m de profondeur et qui continue après un palier.

Le lundi, Jean-louis est arrivé avec les forêts qui nous manquaient. Nous nous retrouvons avec une pléthore de perfos. Tout le monde ou presque redescend terminer l’élargissement du méandre et équiper le fameux puits. Afin de ne pas aggraver l’embouteillage de fond de cavité, je décide de rester en haut avec Olivier pour, d’une part refaire la topo des deux puits d’entrée qui n’est pas cohérente et d’autre part élargir deux étroitures dans la zone des Trois Méandres. Quatre ou cinq heures plus tard seulement, c’est vers –50 que nous entendons plus bas les désobeurs remonter. Nous savons de suite qu’ils ne sont pas passés. A la jonction avec eux, Thomas admet qu’il avait été un peu confiant sur la rapidité de la désob. Nous en rigolons et reprenons la rengaine habituelle : « La prochaine fois, ça passe ! »
Le brouillard est tombé avec la nuit, on se perd une fois de plus en sortant de la forêt, on retrouve un trou, et heureusement notre chemin.

Le lendemain : c’est sûr aujourd’hui ça doit passer.
Malheureusement, Fabrice, David et Simon doivent rentrer à Nantes, Thibault et Olivier accusent une fatigue causée par trois jours de spéléo. Jean-Louis, Thomas et moi retournons motivés au fond du gouffre. Après un dernier coup de buttoir, le passage est enfin ouvert. Encore quelques goujons et nous pourrons voir ce puits !

« Thomas, c'est à toi de faire la première. »

Jean-Louis et moi retournons à l’entrée du méandre chercher un forêt de 10 pour poser l’équipement. Mais une fois de plus, il n’y en a pas. A-t-il été remonté ? Est-il tombé quelque part ? Impossible de le retrouver. La seule solution est de percer avec un forêt de soixante centimètres de longueur, pas pratique dans un méandre qui en fait seulement cinquante…

Le tube sous la puieThomas réussit à se débrouiller en équipant à minima. Puis un tintement métallique lointain nous surprend : la seule clé de 17 que nous avions vient de tomber. Par chance Thomas avait serré le goujon qui ancre la corde. Il commence à descendre. Je vois sa lumière rapetisser en s’enfonçant lentement dans un splendide tube. La corde neuve de 110m vrille en sortant du kit mais la paroi est verticale et ne nécessite aucun fractionnement. Très loin on entend un « libre ». Thomas vient de mettre pied à la base du puits. Jean-Louis prend la suite ce qui me permet d’admirer la section presque circulaire du volume.

A mon tour je peux avaler la corde dans mon descendeur. Je débute entre deux goulottes alimentées par deux arrivées d’eau heureusement peu actives aujourd’hui. Le puits, magnifique, a une largeur d’environ huit mètres, plus grand en partie haute. A mi-hauteur environ, une galerie fossile inaccessible, encombrée de blocs débouche dans le puits et en dessous, j’aperçois ce qui semble être l’ancien puits comme sectionné dans toute sa hauteur. Peut-être que cette zone permettra de descendre au sec car pour l’instant les deux arrivées d’eau arrosent une grande partie de la surface en pluie fine. Thomas a sorti la couverture de survie pour éviter les embruns.

Et comme prédit, ça continue ! Une ouverture étroite prolonge la base du puits sur un court toboggan qui collecte l’eau et s’ouvre dans un gros volume, de trente à quarante mètres de hauteur environ. Je mesure la longueur de corde restante. J’en déduis la hauteur du puits que nous venons de découvrir : entre 80 et 85m.

Nous avons atteint –300.

Thomas remonte le premier et installe un fractionnement à mi-puits pour accélérer la remontée. Nous nous mettons à l’abri avec Jean-Louis. La clé de 17 qui a repris son envol  atterrit brusquement à nos pieds, manifestement elle veut revenir vers moi. En remontant avec ma « précieuse » je resserre tous les goujons… Nous ré-enkitons les 100m de corde et deux heures plus tard, nous poussons Olivier vers la sortie. La prochaine fois à nous la suite !

Champagne ! En fait non. Mousseux !